Écrire pour reconstruire
- il y a 6 jours
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Mon père me répétait souvent, lorsque j’étais enfant, que je possédais des aptitudes particulières, notamment en technologie. C’est lui qui nous a fait découvrir les jeux vidéo, puis l’informatique. Très tôt, j’ai éprouvé une fascination pour cet univers. Là où certains voyaient des machines, je découvrais des outils permettant de comprendre, de créer et d’imaginer.
Pourtant, mon parcours ne fut pas linéaire. Après des études en hôtellerie, je me suis orienté vers la vente d’informatique. J’y ai découvert une autre facette de cette passion : transmettre, conseiller et comprendre les besoins des autres. Très vite, je me suis intéressé au marketing. J’ai conçu les prospectus du magasin, repensé l’agencement des rayons et cherché à améliorer l’expérience client. Ces initiatives ont porté leurs fruits et m’ont conduit à devenir, à un âge relativement jeune, gérant d’un magasin d’informatique.
Puis tout s’est brusquement arrêté.
La reprise de l’entreprise a marqué le début d’une profonde période d’épuisement professionnel. Je me suis retrouvé confronté au burn-out, avant qu’un diagnostic erroné de schizophrénie ne vienne bouleverser davantage mon existence. Ma sincérité quant à mon orientation sexuelle a contribué à cette interprétation médicale. À cette époque, certains regards, y compris dans le domaine de la psychiatrie, restaient profondément marqués par des préjugés hérités d’un passé où l’homosexualité avait longtemps été considérée comme une pathologie. Cette erreur a laissé une empreinte durable sur ma vie.
Avec le temps, j’ai compris que la reconstruction ne pouvait naître ni de la colère ni du ressentiment. Elle passait par la parole, le soutien de mes proches, la lecture et l’écriture. Les livres m’ont offert des refuges ; l’écriture m’a permis de remettre de l’ordre dans mes pensées. Un accompagnement psychologique régulier m’a également aidé à comprendre ce que j’avais traversé et à retrouver progressivement confiance en moi. J’ai même choisi le pardon. Non par oubli, mais parce qu’il représentait, pour moi, une manière de reprendre possession de mon histoire.
Depuis toujours, j’entends les mêmes inquiétudes à propos de la technologie. Elle détruirait les emplois, déshumaniserait nos sociétés et accélérerait les crises environnementales. Certaines de ces préoccupations sont légitimes. D’autres méritent d’être discutées avec davantage de nuance.
Mon expérience m’a appris que la technologie n’est jamais une fin en soi. Elle reflète l’usage que nous choisissons d’en faire. Un livre peut transmettre le savoir ou propager la haine ; Internet peut rapprocher les individus ou les enfermer dans leurs certitudes. Les outils ne portent pas de morale : ils amplifient celle de leurs utilisateurs.
C’est cette conviction qui a donné naissance à Basket. Plus qu’un magazine consacré aux innovations, je souhaite qu’il devienne un espace de réflexion sur le rôle de la technologie dans nos vies. Mon ambition n’est pas de célébrer le progrès pour lui-même, mais de montrer comment il peut demeurer profondément humain.
Cette réflexion s’est prolongée avec Basket Pro, un projet consacré à l’avenir du journalisme. J'en donnerai bientôt plus de détails sur Basket Pro et son tout nouveau modèle payant que j'estime prometteur.
Je ne crois pas que l’intelligence artificielle remplacera les écrivains ou les journalistes. Elle modifiera certainement nos pratiques, comme l’imprimerie, la photographie ou Internet l’ont fait avant elle. Mais la curiosité, le doute, l’empathie et le regard singulier que chacun porte sur le monde demeurent profondément humains. Ce sont eux qui donnent du sens à l’écriture.

Je me reconnais volontiers dans l’héritage des philosophes épicuriens. Écrire n’est pas seulement mon métier ; c’est une manière d’habiter le monde et de préserver mon équilibre intérieur. Chaque article, chaque livre pour ma santé mentale, chaque réflexion constituent une tentative de mieux comprendre notre époque et, peut-être, de contribuer modestement à la rendre plus intelligible.
La technologie, tout comme l’amour, suscite des passions, des peurs et parfois des oppositions irréconciliables. Pourtant, là où les blessures nourrissent la radicalisation, la connaissance peut ouvrir un autre chemin. C’est ce chemin que je souhaite emprunter avec Basket : celui d'une technologie qui rapproche plutôt qu'elle ne divise, qui accompagne plutôt qu'elle ne remplace, et qui permet aux êtres humains de prolonger leurs capacités sans jamais effacer leur humanité.
Au fond, si je continue d’écrire aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour parler de technologie. C’est pour témoigner qu’après les erreurs, les épreuves et les doutes, il est toujours possible de reconstruire une vie autour de ce qui nous relie aux autres : la curiosité, la connaissance et l’espérance.

PS : Mes plus grands respects à l’équipe suisse de football. Vous êtes partis comme des outsiders, alors que d’autres étaient des favoris; vous avez réuni, grâce à vos succès, tout un pays qui, après le désastre de Cran Montana, avait besoin de rêver de nouveau et d’espérer. Merci, les gars, pour cela. L’ensemble de la Suisse est fier de vous. Je suis fier de vous. Et ce soir, j’aurais à faire un choix du cœur, car l’Argentine est mon équipe favorite de football depuis la nuit des temps, alors que je suis suisse, mais aussi grecque, fan de l’équipe de Suisse et de son sélectionneur. J’estime que vous avez toutes vos chances. À vous de jouer et de nous faire à nouveau rêver.
Photo Credits : 1 : Photo d'archive de moi prise par un collègue de Portable Shop pendant que je travaillais comme vendeur.
Photo Credits 2 : À Londres, j'apprenais la guitare, mais ma concentration ne suivait pas.



