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La technologie, l’amour et l’abondance de choix

  • Dimitris Schoen
  • May 23
  • 4 min read

Je suis devenu, avec le temps, davantage un observateur critique de la technologie qu’un simple mouton qui la suit aveuglément. Une partie de ma réflexion actuelle repose sur une rencontre que j’ai faite à Londres, lors d’un date. Eh oui, j’ai eu quelques rendez-vous avec des hommes là-bas. Lui et moi avons parlé de nombreuses choses, notamment de cette abondance de choix qui caractérise notre époque. Selon lui, nous avons perdu le nord car, contrairement à nos parents, nous disposons aujourd’hui d’une infinité de possibilités pour nous rencontrer, à la manière de Netflix, Disney+, Amazon Prime, de programmes télévisés ou de bouquets de chaînes.



Combien de fois, malgré toutes ces options, ai-je fini par ne plus savoir quoi regarder, voire si j’avais simplement envie de regarder quelque chose ? Aujourd’hui, nous devons presque savoir à l’avance ce que nous cherchons, ce que nous allons lire, regarder ou faire un vendredi soir.



Prenons l’exemple de l’amour. Avant, nos parents se rencontraient souvent à l’université ; c’était leur Tinder. Aujourd’hui, nous avons des applications de rencontre, des applications pour les relations sans lendemain, des applications pour se faire des amis… Pourtant, je constate que nous vivons de plus en plus seuls et que la confiance s’érode peu à peu. Certains accordent davantage de foi à une machine qu’à leur partenaire ou à leurs amis. La machine, elle, ne nous contredira pas et ne nous dira pas d’arrêter lorsque notre vie dérape ; nos proches, eux, le feront parce qu’ils nous aiment. Pourtant, trop souvent, nous avons besoin qu’une machine — ou de très mauvaises personnes — valide nos erreurs et nos comportements absurdes. Et peu à peu, sans vraiment nous en rendre compte, nous nous enchaînons à ces personnes, comme à ces machines.



Au XXe siècle, de nombreuses avancées technologiques sont apparues : le lave-vaisselle, la machine à laver, le fer à repasser, l’avion, le téléphone portable, l’iPhone, la voiture, puis les réseaux sociaux. Certaines de ces inventions ont amélioré notre quotidien, mais toutes n’étaient pas idéales pour la planète. Avant cela, il y avait aussi la bicyclette, le livre et bien d’autres inventions plus simples. Faire du vélo, c’est faire du sport, entretenir son corps et travailler son cardio. Lire, selon moi, est la capacité de nous rendre plus érudits ; c’est essentiel pour notre éducation personnelle, mais aussi pour notre éducation professionnelle.



Autrefois, aimer se faisait principalement à l’échelle locale. Aujourd’hui, grâce à la technologie moderne, nos chances de trouver l’amour, avec un grand A, ont considérablement augmenté.



J’ai souvent cherché, dans la profondeur de mes nuits et de mes journées sombres, la force de continuer à croire en l’amour et en l’être humain. Par le passé, je ne croyais qu’au monde du concret et du prouvable. Je voulais faire un baccalauréat scientifique, mais mes résultats en mathématiques et en sciences ne me le permettaient pas. À l’époque, je ne m’intéressais pas particulièrement à la philosophie et j’avais quelques différends avec ma professeure de philo. Je me suis donc résolu à suivre un baccalauréat en économie et en sociologie. La vérité, c’est que j’avais des amis dans cette filière, ce qui m’a beaucoup aidé.



Trouver l’amour ressemble parfois à une épreuve de Koh-Lanta sous nos latitudes. Des déconvenues, l’avenue des cœurs brisés, nous en avons tous connu, que ce soit à cause de l’amour ou dans sa quête. Dans mon cas, une psychiatre m’a un jour déclaré  faussement cinglé ; au fond, je suis surtout un fou. Et dans mon cas, cela agit davantage comme un tue-amour que comme un avantage.



C’est en regardant Scream 7, que j’ai compris le pourquoi de ma solitude. Bon, je le savais déjà depuis longtemps. J’ai aussi cru naïvement aux contes de fées et aux dessins animés que je regarde encore aujourd’hui sur Disney+. Pourtant, il m’arrive parfois de penser que je transforme ce diagnostic en excuse pour rester seul. Chercher l’amour, j’ai essayé et, comme tout le monde, je me suis pris râteau sur râteau, au point qu’aujourd’hui je ne me presse plus vraiment, ou peut-être que je n’ose plus trop y croire. Après tout, qui voudrait aimer un fou comme moi ? Et pourtant, comme pour beaucoup de choses, c’est en mangeant que l’appétit revient.



La vérité, c’est que je crois au hasard, comme dans certaines productions hollywoodiennes. À l’école, nous avons parfois rencontré des amis pour la vie simplement par hasard. L’amour et la technologie peuvent aussi favoriser ces rencontres. Parfois, ce sont des personnes qui nous observent déjà dans l’ombre et qui, tôt ou tard, finissent par apparaître, comme des Sith surgissant dans la nuit. D’autres fois, c’est simplement le hasard : un cœur qui parle en silence à un autre cœur jusqu’au moment où ils se rencontrent enfin et décident de faire un bout de chemin ensemble.



Ces personnes ne cherchent pas forcément à tout savoir sur vous à l’avance. Elles ne veulent pas connaître immédiatement vos goûts ni votre couleur préférée. Elles veulent le découvrir en tombant amoureuses de vous.



C’est aussi mon cas. Malgré tous les outils que la technologie met aujourd’hui à notre disposition, je reste méfiant face à certaines dérives, notamment le suivi des personnes via leur numéro de téléphone. Si je pouvais demander quelque chose à Apple et à Google, ce serait de retirer ces applications de leurs boutiques, car elles peuvent être dangereuses. En cas de problème, c’est à la police de nous localiser, pas à des particuliers susceptibles d’avoir de mauvaises intentions.



Je suis néanmoins heureux de voir que WhatsApp accorde davantage d’attention aux comptes des utilisateurs. Si ce que je lis est vrai, nous pourrons bientôt être trouvés via un compte plutôt que par notre numéro de téléphone.



Malgré mon vécu, je préfère continuer à croire en l’être humain plutôt qu’en l’abondance de nos machines, qui peut, peu à peu, nous rendre plus seuls. Mais je continue aussi de penser que la technologie peut être une force positive dans nos vies et que les réseaux sociaux, malgré leurs défauts, peuvent encore avoir une véritable utilité. Et que c'est moyen, comme pour tout autre, de trouver l'amour au pluriel ou l'amour écrit avec un grand A. Ce sont les algorithmes qui créent le hasard et la magie de la rencontre entre deux personnes. Je crois personnellement que le hasard fait généralement bien les choses.

 
 
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