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Entre le respect de nos aînés et l’illusion du succès : quel monde construisons-nous ?

  • Dimitris Schoen
  • 16 hours ago
  • 4 min read

Nos aînés méritent notre respect. Cette affirmation peut sembler évidente, mais elle mérite d’être rappelée à une époque où les générations ont parfois du mal à se comprendre.

Beaucoup de nos anciens ont travaillé toute leur vie pour construire leur avenir. Ils ont connu des périodes plus difficiles, accepté des sacrifices et économisé pendant des années afin de mener une retraite digne. Leur parcours n’a pas toujours été simple, mais il reposait souvent sur des valeurs de patience, d’effort et de persévérance.


Le monde dans lequel évoluent les jeunes aujourd’hui est pourtant très différent. Nous vivons dans une société hyperconnectée où la réussite ne se mesure plus uniquement au travail ou aux compétences, mais aussi à l’image que l’on renvoie sur les réseaux sociaux. Chaque jour, nous sommes exposés à des vies apparemment parfaites : voyages en première classe, voitures de luxe, montres hors de prix, appartements de rêve et une liberté financière affichée comme une norme.


Pourtant, cette vitrine numérique ne reflète que rarement la réalité.

Les réseaux sociaux ne montrent ni les difficultés du marché du travail, ni le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, ni les sacrifices nécessaires pour construire quelque chose de durable. Ils montrent le résultat, rarement le chemin.


C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le dialogue intergénérationnel est parfois difficile. Nos aînés nous invitent à faire preuve de patience et à construire sur le long terme. Beaucoup de jeunes, eux, grandissent dans un environnement où tout semble devoir être immédiat : le succès, la reconnaissance, la richesse.


Je ne crois pas qu’une génération ait entièrement raison et que l’autre ait entièrement tort. Les anciens ont des leçons précieuses à transmettre. Les jeunes, eux, doivent composer avec des réalités nouvelles que leurs parents et grands-parents n’ont jamais connues.

Une chose, en revanche, me paraît incontestable : il est moralement inacceptable de profiter de la vulnérabilité des personnes âgées. Qu’il s’agisse d’escroqueries, de manipulations affectives ou d’abus financiers, s’en prendre à ceux qui ont parfois consacré leur vie à leur famille et à leur travail est profondément révoltant.


La meilleure protection passe par l’information, la prévention et l’accompagnement. Nos aînés ne doivent pas être laissés seuls face à des individus mal intentionnés. Lorsqu’un doute subsiste, il faut pouvoir compter sur ses proches et, le cas échéant, sur les autorités.


Mais cette réflexion dépasse la seule question des personnes âgées.


Elle touche également à la manière dont nous percevons la réussite.


Je l’avoue : il m’arrive de regarder certaines vidéos sur YouTube et de me poser des questions. Comment un jeune adulte peut-il financer des voyages en première classe entre la Suisse et l’Australie, posséder plusieurs voitures de luxe, multiplier les séjours à l’étranger et afficher un train de vie que même de nombreux cadres expérimentés ne pourraient pas s’offrir ?


La réponse se résume souvent à un mot : « entrepreneur ».


Pourtant, derrière cette étiquette, les explications demeurent parfois étonnamment floues. Quel est réellement le modèle économique ? Quelle est la valeur créée ? Comment cette richesse a-t-elle été construite ?


Je ne remets pas en cause l’entrepreneuriat. Bien au contraire. J’ai un profond respect pour celles et ceux qui partent de zéro et bâtissent quelque chose grâce à leur travail, leur créativité et leur persévérance. Ces parcours sont inspirants parce qu’ils reposent sur des réalisations concrètes.


Ce qui me dérange davantage, c’est la glorification de l’apparence et du luxe comme finalité ultime. À force de voir des fortunes affichées en permanence, certains finissent par croire que l’argent est la mesure de toute réussite.


Et pourtant, une question simple mérite d’être posée : la richesse garantit-elle le bonheur ?

Prenons l’exemple d’Elon Musk. Il figure parmi les hommes les plus riches et les plus puissants du monde. Mais sa fortune répond-elle à toutes les aspirations humaines ? Est-elle synonyme d’épanouissement personnel, de sérénité ou d’amour ? Rien n’est moins certain.


Cette obsession de la réussite visible influence également notre rapport au mérite.

On parle souvent des « nepo babies », ces enfants de personnalités ou de familles influentes qui bénéficient naturellement d’un réseau, d’une visibilité ou de ressources importantes. Je ne suis pas opposé à eux par principe. Aucun enfant ne choisit sa famille.

En revanche, je suis critique envers ceux qui considèrent ces avantages comme acquis et vivent exclusivement grâce à eux. À l’inverse, j’ai beaucoup de respect pour ceux qui décident de construire leur propre parcours, parfois même en refusant l’aide de leurs parents afin de prouver leur valeur par eux-mêmes.


Finalement, la véritable preuve d’amour n’est peut-être pas de faciliter chaque étape du chemin de ses enfants.


Aimer quelqu’un, c’est aussi le préparer au monde réel.


C’est lui permettre d’apprendre, de se tromper, de recommencer et de grandir. C’est lui donner des valeurs plutôt que des privilèges. C’est lui transmettre des outils plutôt que des raccourcis.


Dans une époque où l’image semble parfois avoir pris le dessus sur la substance, où la richesse est souvent plus admirée que le caractère, il est peut-être temps de redonner de l’importance à ce qui construit réellement une vie : le respect, le travail, la responsabilité et la dignité.


Des valeurs anciennes, sans doute.


Mais des valeurs qui, à mon sens, n’ont jamais été aussi actuelles.



 
 
2026
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