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Continuer à vivre, malgré l’absence

  • Writer: Dimitris Schoen
    Dimitris Schoen
  • 5 days ago
  • 5 min read

Jean d’Ormesson a écrit quelque chose de profondément sensible : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »


Le 9 août 2026, mon papa nous a quittés.





Depuis, mes journées sont rythmées par son souvenir. Il m’arrive de fonctionner presque normalement pendant quelques heures, de parler, de faire ce que j’ai à faire, avant que l’émotion ne revienne brutalement et que les larmes prennent toute la place.


Tu me manques, papa.


Merci, papa, de m’avoir aimé.



Pour faire face à tout cela, j’ai pris quelques jours loin de Basket et de mon blog. J’avais besoin de respirer, de me retrouver et, simplement, de comprendre comment continuer lorsque quelqu’un qui a occupé une place aussi importante dans votre vie n’est plus là.



Le deuil est peut-être aussi cela : apprendre à vivre avec une présence qui n’est plus physique, mais qui demeure partout dans notre mémoire. Il y a une livre tres interessant sur ce sujet écrit par une écrivaine du nom Anne-Dauphine Julliand. Le titre est "Ajouter de la vie aux jours" où L'auteure a perdu ses deux filles, Thaïs et Azylis, d’une maladie orpheline. Quinze ans plus tard, son fils aîné se suicide. Son époux et leur dernier enfant Arthur affrontent un nouveau deuil. Dans ce récit, elle interroge son présent et cherche à comprendre comment sa vie et celle de sa famille peuvent malgré tout continuer.



Je me suis également remis à écrire La Mansion, par de tout petits morceaux. Ce n’est pas que je sois soudainement plus inspiré. J’ai surtout besoin d’occuper mes journées, de penser à autre chose et de retrouver, petit à petit, certaines habitudes qui faisaient partie de ma vie avant ce bouleversement.


Je compte aussi en parler bientôt avec ma thérapeute. Il me semble important de ne pas tout garder pour moi.


Quand la haine s’invite là où elle ne devrait pas être


Samedi dernier, un article consacré à un mémorial LGBTQ+ de Zurich est paru dans 24 heures. L’article, bien écrit et signé par une journaliste, rappelait notamment qu’il ne devait pas y avoir de place pour la haine.


Et pourtant, elle s’est invitée ailleurs : dans les commentaires.


Certains propos de tiers étaient odieux et scandaleux, particulièrement au regard du sérieux du sujet traité. C’est précisément ce qui m’a profondément dérangé. On peut publier un article sur la mémoire, la dignité et la lutte contre les discriminations ; encore faut-il ensuite se demander ce que l’on accepte de laisser s’exprimer autour de cet article.


Je me suis finalement désabonné de 24 heures. En tant qu’homme gay, j’ai du mal à soutenir ce que je perçois comme une forme de queerbaiting : cette manière de donner l’impression de soutenir les personnes LGBTQ+ sans que cet engagement soit nécessairement suivi d’actes à la hauteur.


Ce qui me dérange n’est pas qu’un journal parle de notre communauté. Au contraire. Je souhaite que l’on parle de nous, de nos histoires, de notre mémoire et de nos droits. Mais je refuse que notre communauté devienne uniquement un sujet permettant de générer des clics, de l’audience ou de l’engagement, tandis que la haine peut ensuite se déverser librement dans les espaces de discussion.


Certains commentaires que j’ai lus m’ont particulièrement choqué et m’ont semblé franchir des limites qui, en Suisse, peuvent notamment être appréciées au regard de l’article 261bis du Code pénal. (Art. 261bis Discrimination et incitation à la haine, 2024)


Le queerbaiting me touche d’autant plus qu’il crée une illusion de soutien. Il donne parfois le sentiment que les personnes LGBTQ+ sont mises en avant parce qu’elles représentent une communauté, une audience ou un marché, mais que cette solidarité disparaît dès que les choses deviennent réellement inconfortables.


Il m’arrive ainsi de ressentir un malaise devant certains articles ou certaines publicités qui mettent notre communauté en avant uniquement pour attirer notre attention, obtenir des clics ou vendre davantage. Ce malaise devient plus profond lorsque, parallèlement, la haine et l’homophobie peuvent s’exprimer sans que l’on perçoive une véritable volonté de les combattre.


Être visible ne signifie pas nécessairement être entendu.


Et être représenté ne signifie pas nécessairement être respecté.


Des écrans pour respirer un peu


Heureusement, il y a aussi des moments beaucoup plus légers dans mes journées.


Koh-Lanta est de retour sur TF1, et, dans la période que je traverse, ces rendez-vous télévisuels ont quelque chose de rassurant. Retrouver des programmes familiers permet parfois simplement de penser à autre chose pendant quelques heures.


J’ai également beaucoup appris, ou plutôt beaucoup réfléchi, en regardant Million Dollar Nannies sur Disney+.


Il serait naïf de prétendre que cette émission reflète fidèlement la réalité. Elle est évidemment conçue pour être agréable à regarder, positive et, dans une certaine mesure, « feel good ». La vraie vie est évidemment beaucoup plus complexe.


Pourtant, elle m’a amené à remettre en question certaines choses, notamment à propos des personnes très fortunées.


J’ai été frappé par le paradoxe de certaines familles : disposer de moyens financiers considérables ne signifie pas nécessairement être entouré, heureux ou à l’abri des inquiétudes. On peut vivre dans un confort extraordinaire tout en connaissant malgré tout la solitude, les tensions, les peurs ou les difficultés relationnelles.


J’ai également pensé aux personnes qui travaillent au service de ces familles. Derrière le confort des uns, il y a souvent les sacrifices des autres. Le personnel doit parfois maintenir une certaine distance, tout en étant suffisamment proche pour connaître l’intimité d’une famille.


Cette émission, malgré son côté léger, m’a finalement ramené à une question beaucoup plus sérieuse : quelle est la véritable valeur des relations humaines lorsque l’argent, le confort et les apparences ne suffisent plus ?


Continuer, simplement


Après un tel choc, l’important pour moi n’est pas de me laisser complètement aller. C’est plutôt l’idée de rester debout et de continuer à vivre.


Je ne le dis pas parce que je pense qu’il faudrait faire comme si rien ne s’était passé. Au contraire. Mon père est mort, et cette absence est désormais une réalité avec laquelle je dois apprendre à vivre.


Mais continuer ne signifie pas oublier.


Alors je m’accroche à quelques routines simples. Je me lève à la même heure. Je prépare mon café comme mon père me l’avait appris. Je marche. J’écris lorsque j’en suis capable. Je parle à mes amis proches et à ma famille lorsque j’en ressens le besoin. Et je continue mes séances avec ma thérapeute, parce que je ne veux pas rester seul avec mes pensées.


Après la mort de quelqu’un que l’on aime, on entend souvent qu’il faut se faire plaisir, sortir, profiter, se laisser aller. Peut-être. Chacun trouve sa manière de traverser le deuil.


Pour ma part, je crois davantage à cette phrase de Queen : « The show must go on.


Pas dans le sens de faire semblant.


Pas dans celui de nier la douleur.


Mais dans celui de continuer à avancer malgré elle.


Je veux vivre, même avec le chagrin. Continuer à travailler, à écrire, à rire lorsque j’en ai envie, à regarder mes séries, à écouter de la musique, à prendre un café et à sortir marcher.

Je veux continuer ma vie sans chercher à combler immédiatement le vide par des excès ou des échappatoires. Je veux simplement apprendre à vivre avec ce manque.


Mon voisin pourrait en témoigner : il m’arrive d’être très triste. Il m’arrive de pleurer. Il m’arrive aussi de rester silencieux, sans envie de parler à personne.


Mais je tiens.


Je me le dois à moi-même.


Je le dois au reste de ma famille.


Et, d’une certaine manière, je le dois aussi à mon papa.


Parce que si la mort emporte une personne, elle ne peut pas effacer ce qu’elle nous a donné.


Alors, oui, papa, tu me manques.


Mais tu es encore là, dans mes souvenirs, dans mes gestes, dans mes habitudes, dans mes chansons, dans mes histoires et dans tout ce que tu m’as appris.

Et tant que je vivrai, une partie de toi vivra avec moi.


References :


(2024). Art. 261bis Discrimination et incitation à la haine. Droit Bilingue.


 
 
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